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Le passage à l’humanité : quand l’amour devient une affaire politique

  • Photo du rédacteur: Emilie Perrollaz
    Emilie Perrollaz
  • il y a 3 jours
  • 4 min de lecture

L’amour semble être l’évidence la plus naturelle du monde. Pourtant, si l’on en croit Philippe Brenot, il est surtout l’une des constructions humaines les plus complexes.


Le passage à l’humanité ne se résume pas à la station debout ou à l’invention du feu. Il marque un bouleversement plus discret mais infiniment plus décisif : la transformation de la relation entre mâles et femelles, devenus hommes et femmes.


Et au cœur de ce basculement : la reconnaissance de la paternité.


La révolution silencieuse : savoir qui est le père


Chez l’animal, la sexualité obéit à des cycles visibles.

Chez l’humain, la réceptivité sexuelle féminine devient discrète, permanente, énigmatique.

Lorsque l’homme comprend qu’il est à l’origine de l’enfant, une nouvelle angoisse naît : celle de la certitude. Comment être sûr que l’enfant est le sien ?


C’est ici que s’érige l’une des pierres angulaires de l’humanité : le mariage.

Non pas d’abord comme célébration romantique, mais comme instrument de contrôle. Un contrat social destiné à sécuriser l’exclusivité sexuelle de la femme, garantir la filiation et assurer la transmission des biens.


La domination masculine s’institutionnalise.


Le phallus permanent : un symbole de pouvoir


Le « phallus » dont parle Brenot ne se réduit pas à l’organe biologique. Il devient symbole.

Pouvoir. Verticalité. Capacité pénétrante.


Dans de nombreuses cultures, le monde se divise alors en deux catégories :

  • Les êtres « supérieurs », définis par leur pouvoir de pénétration — les hommes.

  • Les êtres « inférieurs », pénétrés — femmes, esclaves, homosexuels, prostitués.


Cette hiérarchie symbolique structure l’ordre social.


La pudeur : naissance de la culture


« Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. »

Ce passage biblique résume avec une étonnante finesse le passage de la nature à la culture. La prise de conscience de la nudité marque l’invention de la pudeur.


Contrairement aux autres primates, nous ne disposons plus de modèles instinctifs pour apprendre la sexualité. Mais nous n’avons pas pour autant mis en place une véritable éducation sexuelle universelle.

Résultat : Ni instinct clair, ni transmission apaisée.

Un terrain fertile pour les malentendus et les dérives.


Deux sexualités difficilement compatibles


Selon Brenot, hommes et femmes possèdent des dynamiques sexuelles différentes, façonnées par des millénaires d’évolution.


L’homme cherche la certitude de la paternité. La femme, dont l’investissement biologique est considérable (grossesse, allaitement), sélectionne davantage son partenaire.


Dans presque toutes les cultures, une femme accepte difficilement un conjoint plus petit, moins fortuné ou socialement inférieur.Pourquoi les hommes sont-ils en moyenne plus grands que les femmes ? Parce que la sélection sexuelle a favorisé la force et la taille comme signes de protection et de dominance.

Or biologiquement, l’humain ne semble pas programmé pour la monogamie à long terme.

Nous avons pourtant bâti des sociétés entières sur cette exigence.

La tension était inévitable.


Le mariage : bras armé de la domination masculine


À l’aube de l’humanité, le mariage apparaît comme conséquence directe de la reconnaissance de la paternité.

Son objectif implicite : Garantir à un homme l’accès exclusif au corps d’une femme.


Pour y parvenir, les sociétés ont développé de multiples stratégies :

  • Confinement domestique

  • Surveillance par le gynécée

  • Accompagnement masculin lors des sorties

  • Vêtements défensifs

  • Exigence de virginité

  • Dot comme enjeu économique

Dans certaines cultures, les femmes sont appelées « les ventres », rappel brutal de leur fonction reproductive.


L’infibulation représente l’expression extrême de cette logique : verrouiller symboliquement et physiquement l’accès au corps féminin.


La libre sexualité des femmes devient alors perçue comme un « danger » pour l’ordre patriarcal.


Violence et humanité : un lien dérangeant


Nous sommes les seuls primates à tuer massivement nos semblables. Et la violence intersexe est une spécificité humaine.

Le viol comme arme de guerre. Les mutilations génitales. La prostitution contrainte. Les violences conjugales.

En Europe, la violence constitue la première cause de décès et d’invalidité des femmes entre 16 et 44 ans, devant le cancer et les maladies cardiovasculaires.


La testostérone, hormone du désir mais aussi de la masse musculaire et de l’agressivité, joue un rôle biologique. Mais les explications ne peuvent être uniquement biologiques : elles sont aussi culturelles, sociales, symboliques.


La séparation traditionnelle des mondes masculin et féminin contenait en partie l’agressivité intersexe. Dans le couple nucléaire moderne, cette tension se retrouve parfois enfermée dans le huis clos familial.


Sommes-nous condamnés à cette tension ?


Reconnaître ces mécanismes ne signifie pas les justifier.

Comprendre que la domination masculine est ancrée dans des structures anciennes permet au contraire de les déconstruire.


Les jeunes générations montrent des signes encourageants :plus d’écoute, plus d’attention au consentement, plus de remise en question des modèles hérités.


Le passage à l’humanité a instauré la paternité, la domination, la pudeur, le mariage, la violence…Mais il a aussi donné naissance à la conscience.

Et la conscience ouvre la possibilité du choix.


En conclusion


Si l’amour est si compliqué, ce n’est pas parce que nous serions « défaillants ». C’est parce qu’il se joue au croisement de la biologie, de l’anthropologie, du pouvoir et de l’histoire.


Loin d’être seulement une affaire de cœur, l’amour est un fait profondément politique.

Et peut-être que le véritable passage à l’humanité, aujourd’hui, consiste à transformer la domination en partenariat.


Librement inspiré du livre de Philippe Brenot "Pourquoi c'est si compliqué l'amour ?"


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