TROUBLES DE L'ATTACHEMENT ET ÉVOLUTION DES MODES D’ATTACHEMENT AU COURS DE LA VIE...


QU'EST-CE QU'UN TROUBLE DE L'ATTACHEMENT?


Le trouble de l’attachement n’est pas en soi une pathologie mais peut conduire à une pathologie. Plusieurs facteurs influencent le pronostic (sévérité et durée des comportements envers l’enfant, âge, présence ou absence de facteurs de résilience).


L’échec à former un lien sélectif avec une figure d’attachement dans la petite enfance est associé à des troubles permanents, et en dépit de traitements, difficilement réversibles de la socialisation, mais aussi de la cognition.


Les manifestations les plus sévères se retrouvent chez les enfants victimes d’abus, de négligence ou de maltraitance (placement institutionnel, ou enfants des rue…).


Le DSM-1 V reconnait 2 types de troubles réactionnels de l’attachement :

-Type inhibé : incapacité à engager des interactions sociales ou à y répondre de façon appropriée (inhibition, hypervigilance, ambivalence)

-Type désinhibé : incapacité à faire des attachements sélectifs.


QUELLE ÉVOLUTION DES MODES D'ATTACHEMENT AU COURS DE LA VIE?


Les formes d’attachement construits durant la petite enfance se maintiennent du « berceau jusqu’à la tombe ».

Ainsi, durant l’enfance, le modèle interne structurera l’univers relationnel dans la façon d’aborder les autres, de gérer les mouvements de rapprochement ou de distance avec l’autre mais aussi la réorganisation du passé et la structuration de la mémoire.


La stabilité des modes d’attachement induisent des comportements, qui observés au cours des 2 premières années permettent de prédire les comportements à l’âge de 10 ans.


-Durant l’enfance (jusqu’à 10 ans environ), les modes d’expression de l’attachement sont comportementales : recherche de proximité physique en cas de détresse.


-A l’adolescence, les figures d’attachement sont souvent mises à distance au profit des amis ou des premiers amours.

Les modes d’expression de l’attachement deviennent plus cognitifs, plus mentalisés selon le vécu de confiance en l’accessibilité du parent ou au contraire les doutes et sentiment de rejet.


-A l’âge adulte, il existe une persistance entre le style d’attachement dans les relations interpersonnelles (relations amoureuses, amitiés) et les modes d’attachement construits dans la petite enfance.


Il existe également une continuité des modes d’attachement, qui se transmet de génération en génération. Ainsi, une mère anxieuse aura tendance (dans 70% des cas) à avoir un enfant anxieux.


Il existe ainsi 4 modèles d’attachement adulte :


-Les adultes ayant un attachement secure tendent à adopter une vision positive d’eux-mêmes, de leur partenaire et des relations qu’ils nouent. Ils se sentent à l’aise dans l’intimité comme dans l’indépendance. Ils accordent beaucoup d’importance aux relations affectives.


Ce modèle ne garantit pas le bien-être à priori mais augmente la résistance au stress, ainsi que la capacité à être résilient, c’est à dire la capacité à exploiter la force intérieure qui nous aide à rebondir après un revers ou un défi.


-L’attachement insecure n’est pas un trouble clinique en soi, mais limite les potentialités optimales de développement et de comportement.


  • Les adultes anxieux-soucieux (qu’on appelle parfois « craintives ») sont souvent tourmentées affectivement par crainte du rejet. Ils recherchent un haut niveau d’intimité (tout en craignant la proximité), d’approbation et de réponse à leurs initiatives de la part de leurs partenaires. Ils se montrent excessivement dépendants. Ils ont tendance à être moins confiants, à adopter une vision moins positive d’eux-mêmes et de leur partenaire, et sont aussi susceptibles de montrer au sein de leurs relations un haut degré d’expression de leurs sentiments, de souci et d’impulsivité.

  • Les adultes distants-évitants recherchent un haut niveau d’indépendance, et semblent souvent éviter totalement l’attachement. Ils se perçoivent eux-mêmes comme auto-suffisants, non susceptibles de subir les sentiments d’attachement et n’ayant pas besoin de relations proches. Ils tendent à faire taire leurs sentiments, gérant le risque de rejet en gardant eux-mêmes à distance leurs partenaires dont ils ont bien souvent une assez pauvre opinion.

  • Les adultes craintifs-évitants (qu’on appelle également préoccupés ou désorganisés) présentent une grande insécurité affective, car ils craignent l’abandon. Leurs sentiments vis-à-vis des relations proches est partagés. Ils sont à la fois désirants, pourtant ils se sentent mal à l’aise avec la proximité émotionnelle. Ils ont tendance à se méfier de leur partenaire et se considèrent eux-mêmes indignes d’affection. De la même façon que les adultes distants-évitants, les adultes craintifs-évitants tendent à fuir l’intimité, réprimant leurs sentiments.


Les différents styles d’attachement influencent la vie dans de nombreux domaines : la réaction face au stress, la perte, la représentation de la relation d’aide, le développement de l’empathie, les relations de couple, la parentalité, le vieillissement, la santé physique et mentale, l’adaptabilité et l’insertion sociale.


LES EFFETS DE L'ATTACHEMENT SUR LE LIEN


Il existe un lien très clairs entre la qualité des liens d’attachement, le bien-être et l’adaptation durant l’enfance, à l’adolescence et à l’âge adulte.


De plus, l’attachement agit comme un puissant facteur de protection contre la maladie mentale (dépression, détresse psychologique) dans l’engagement dans des comportements socialement déviants (l’attachement sert de toile de fond à la construction de la conscience morale).


Les patients psychiatriques, quel que soit leur âge, présentent bien souvent des formes d’attachement insécure (particulièrement désorganisé), qui laissent à penser que de nombreux troubles psychiatriques résultent d’expériences relationnelles problématiques avec leurs figures d’attachement.


Le mode d’attachement construit au début de la vie va-t-il se maintenir toute la vie ?


La tendance générale indique le maintien (même une légère dégradation) des problèmes relationnels développés malgré nous pendant l’enfance, notamment dans les relations amoureuses.


Cependant, certains adultes qui ont connus des relations gravement perturbées avec leurs parents parviennent à développer des relations harmonieuses avec leurs partenaires et leurs propres enfants. Mais pour pouvoir se reconstruire, il est souvent nécessaire d’effectuer un important travail sur soi (reconnaissance et acceptation).


"Une des fonctions de l’attachement est de permettre de se sentir en sécurité, de façon à pouvoir partir à la découverte de ce qui nous entoure. Cela est très important pour le développement intellectuel et moteur du bébé, mais demeure une constante dans la vie adulte, sous forme de curiosité intellectuelle, curiosité relationnelle et absence de crainte face à la nouveauté ou à l’inconnu." Yvane Wiart


QUE FAIRE FACE LORSQUE L'ON S'EST CONSTRUIT AVEC UN ATTACHEMENT INSECURE?


Daniel Siegel, neuroscientifique américain, fournit une approche développementale de l'attachement. Il montre ainsi que la structure cérébrale est modelée par les interactions sociales, et ce notamment, au cours des interactions précoces.


Ainsi, si l'on a pas eu la chance, de par notre histoire ou notre parcours, de développer un attachement secure, la résilience, chère à Boris Cyrulnik, et la plasticité cérébrale permettent de se réaménager pour changer le cours des choses...


Reprendre contact avec son instinct d'attachement peut se faire:

-par une prise de conscience personnelle, ce qui est rare (sauf peut-être pour les sages ou les grands méditants)

-par la rencontre avec une personne secure qui peut faire évoluer les modalités d’attachement de son partenaire à fort de bienveillance et de réassurance

-par un accompagnement thérapeutique...


Alors, n'hésitez pas à consulter!