"LA DROITE EST LE CHEMIN LE PLUS ENNUYEUX ENTRE DEUX POINTS"... Michel Layaz

Mis à jour : juin 10





TSCHIERV – LU – S CHARL

17km – 560m dénivelé positif – 560m dénivelé négatif

Le 06.06.2021


Réveil matinal aux alentours de 6H.

Je me suis mise en tête de prendre les transports publics de Tchierv à Lü… Puisqu’ayant déjà fait la montée hier, cela ne me semble pas « tricher » que de reprendre là où je me suis arrêtée.


Je déjeune frugalement, de quelques graines et autres fruits secs, puis me dirige vers l’arrêt de bus… Mais aucune indication sur le trajet Tschierv - Lü. Je consulte internet mais le prochain, qui devait arriver tout soudain, est dans une heure.

Je me résous donc à faire cette montée que j’espérais éviter, pressant le pas pour être à S charl avant 14h, l’heure de bascule du gris vers la pluie…


Étonnamment, le trajet de Tschierv à Lü me parait plus court qu’hier, malgré le poids du sac… (je n’avais alors qu’un sac d’appoint).


Un petit café et je reprends la route. Le temps est sec mais le ciel est voilé de nimbus…

Un chemin escarpé mène au col du Costainpass.

Pas âme qui vivent jusqu’au col… exceptée une cycliste qui me double rapidement alors que je suis en train de me ramoner le nez. Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon je serais morte de longue date ! On en oublierait les conventions sociales, à force de fouler le chemin en cénobite !

Comme la montagne me parait menaçante, alors que je traverse le plateau, juste après l’encolure entre les deux vallées. Une inquiétude me traverse…

Que se passera-t-il si l’orage éclate ? Je jette un coup d’œil à mon téléphone. Pas de réseau ! Impossible donc d’appeler un quelconque secours. J’ai plutôt intérêt à regarder où je mets les pieds… N’y a-t-il donc que moi pour emprunter pareil parcours ?


J’entame alors la descente à travers Tamangur, la plus haute forêt d’aroles d’Europe. Je presse le pas car le vent se lève… annonciateur d’averses.


Apparaissent au loin les premiers mayens… et quelques « anthropiens ». Des travailleurs du bois, des VTTistes…

Jusqu’à entrapercevoir enfin S Charl, l’un des villages les plus reculés de Suisse.

Affamée, je me jette dans la première auberge, Gasthaus Mayor. Je prends à nouveau une spécialité locale (sans trop savoir de quoi il s’agit). Un genre de spätzlis arrosés de crème et agrémentés de lard… Il n’y a qu’après une bonne marche que je m’autorise à dévorer ce genre de plat sans culpabiliser !


Je demande à l’aubergiste s’il a une chambre… Il me conduit à une cellule de nonne sous les toits avec douche sur le palier. Il ne me reste plus qu’à réciter deux Pater Noster, un Ave Maria et enfiler une robe de bure.


Il est 14h et j’ai l’après-midi devant moi pour m’adonner à mes activités favorites… faire une sieste, une séance de yoga, méditer et clore cette journée par un verre de rouge. Car si Tesson est abstinent sur ses chemins noirs, je ne refuse jamais, quant à moi, un petit verre de vin de messe !



L’HOMME DES GLACES


En septembre 1991, deux touristes allemands découvrent un cadavre dans un glacier des Alpes de l’Otzal. Le corps momifié est celui d’un homme de 45 ans, qui vécut entre la fin du Néolithique et l’âge de bronze. Surnommé Otzli, arraché au gouffre du temps, il a passionné de nombreux archéologues, qui ont tenté de découvrir ce que faisait cet homme sur ce pan de montagne.

Ont également été retrouvés à proximité de la dépouille, un arc en if, quatorze flèches, quelques récipients et outils en silex, un nécessaire pour le feu, une hotte en noisetier et des habits en peaux de bête.


Certains le pensaient berger, mort de froid pendant la transhumance… D’autres le voyaient marchand et forgeron ambulant. D’autres encore chamane ou membre influent de son clan. Dernières hypothèse, il aurait été guerrier, mort au combat…


Lors d’une reconstitution de son périple sur le glacier de Hauslabjoch, les paléoanthropologues ont revêtu les même peaux pour expérimenter in vivo l’ascension d’Oztli.


Pourquoi Otzli, ici, dans ce récit ?

Je me demande ce que l’on aurait retrouvé de ma dépouille, si j’étais morte foudroyée au col de Costainpass ? Un couteau suisse, quelques vêtements techniques Décathlon… un smartphone et un ordi !

Oui, je te l’accorde, dans mes 12 kg, j’ai trouvé une place pour assouvir ma dépendance technologique. En effet, comment aurais-je donc fait pour consigner mes notes, pensées et autres souvenirs ?

Pour ce qui est de ma tenue vestimentaire, je remercie chaque jour le créateur d'articles en Merinos. Je pense qu’avec une peau de bête autour de la taille, le parcours aurait été beaucoup moins commode.

DE L’ASSERVISSEMENT NUMÉRIQUE...


Encore une avilissante confidence !

Oui, les écrans sont le prolongement de mon bras.

Pour exemple, lorsque j’erre sur les sentiers et que le flot de pensées avoisine celle d’un torrent à la fonte des neiges, il n’est pas rare que je dégaine, ce que les Suisses nomment Natel et y consigne quelques mots pour pouvoir y revenir lors du diner, face à un soupe de légumes fumante.

Ayant à regret une mémoire de carassin carmin, prendre note est une ultime tentative de déjouer mon trouble attentionnel, qui m’a d’ores et déjà onéreusement coûter !


A noter cependant que ce bouillonnement idéatoire a tendance à s’infléchir au fil de la journée… A vrai dire, lorsque j’ai 5h de marche dans les pattes et le ventre qui crie « famine », mes réserves de glucose sont plutôt mobilisées dans les membres inférieurs…


A tout bientôt... pour une nouvelle aventure!

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