COMPRENDRE LA THÉORIE DE L'ATTACHEMENT


« La relation mère-enfant est aussi vitale pour le développement général du bébé que les vitamines ou les protéines pour le développement physique » J. Bowlby


QU'EST-CE QUE L’ATTACHEMENT?


On peut définir l’attachement comme une stratégie utilisée par un enfant pour obtenir confort et sécurité.


La théorie de l’attachement est un concept, développé par le pédopsychiatre anglais John Bowlby dans les années 1960. Il a en effet, mené différentes études sur les enfants séparés de leurs parents, sur les délinquants, tout en s’est inspirant de l’éthologie (psychologie animale). Chez de nombreuses espèces animales, l’organisation du lien mère-enfant a pour objectif de maintenir une proximité physique. Ainsi, l’attachement assure une fonction vitale de protection (sauvegarde de la progéniture, prévention des dangers, écartement des prédateurs…). Il est instinctif et permet d’assurer la survie de l’espèce.


Bowlby affirme alors que tous les nourrissons ont un besoin fondamental de créer des liens émotionnels profonds et solides avec une personne en particulier (et pas seulement des liens nourriciers comme le pensait Freud). Cette personne sera considérée comme étant la figure d’attachement, qui prendra soin de l’enfant et lui procurera un sentiment de sécurité en cas de souci. L’attachement débute pendant la grossesse, se crée dans les 9 premiers mois et s’établit dans les 3 premières années de la vie. Il s’agit d’un processus réciproque. Chacune de des figures d’attachement est irremplaçable, spécifique et non interchangeable.

QUI SONT LES FIGURES D'ATTACHEMENT?


La figure d’attachement principale est celle qui s’est occupé le plus souvent et le plus durablement de l’enfant pendant les premiers mois de la vie de l’enfant (souvent la mère ou le père). Les figures d’attachement secondaires sont hiérarchisées de façon instinctive par le nourrisson (grands-parents, nounou…).


Le système d’attachement est activé par le stress (peur, douleur, maladie, séparation ou crainte de séparation).


Dans le cas des animaux, comme celui des humains, l’attachement permet de garantir la sécurité nécessaire au tout-petit pour qu’il soit en mesure d’explorer le monde. L’attachement se manifeste à la fois par une série de comportements prévisibles et par une construction progressive des mécanismes psychiques.


Ainsi, pour l’animal ou l’être humain, lorsqu’un enfant se sent menacer, il aura des comportements innés, instinctifs de signalement (pleurs, cris, babillage…), qui induiront un rapprochement de la figure d’attachement dans le meilleur des cas. Pour exemple, la mère prend l’enfant dans ses bras et l’enfant s’agrippe ou cherche son regard.


LES MODÈLES INTERNES DE REPRÉSENTATIONS


Ce jeu persistant de demandes et de réponses constantes (entre l’enfant et sa figure d’attachement) va créer progressivement une réalité psychique, le bébé développant un modèle interne qui lui permettra d’anticiper les interactions futures, selon ses :


-représentations mentales : repères permettant de prévoir et comprendre le comportement d’autrui.


-réalités internes : cognitives et émotionnelles


Ces repères vont permettre le développement structurel et relationnel de l’enfant, puis de l’ado ou l’adulte en devenir.

QUELLES SONT LES CONDITIONS DE SECURITE DU BÉBÉ?


Pour que le lien de confiance et de sécurité soient opérant pour le nourrisson et que la figure d’attachement soit perçue comme fiable, Nicole Guédeney, pédopsychiatre, suggère que les conditions suivantes soient remplies :

-répétition des conditions d’attachement de la part des figures d’attachement (réponses par du contact physique et de la compréhension aux appels de l’enfant)

-la continuité des personnes dans les soins apportés à l’enfant

-la prévisibilité et la cohérence des réactions des personnes qui s’occupent de l’enfant

-des séparations limitées en fonction de l’âge de l’enfant


A QUOI SERT L’ATTACHEMENT?


L’attachement a des fonctions vitales pour l’enfant, il :

-contribue à la survie de l’individu (rester proche de ses figures d’attachement assure sa sécurité)

-favorise la régulation psycho-physiologique des enfants (un enfant en proximité de sa maman a une régulation de son stress de meilleure qualité)

-est le socle du développement de la mentalisation (la réponse de caregiving au besoin d’attachement est le meilleur mode d’emploi des relations sociales et de l’empathie)

-constitue un tremplin pour affronter les difficultés et les crises.

LA "SITUATION ETRANGE"

ou l’identification des modes d’attachement selon Mary Ainsworth


Mary Ainsworth (1978) a mis en place une expérimentation simple pour classer les différents types d’attachement, de manière à examiner les réactions de l’enfant après une séparation d’avec sa figure d’attachement, puis au retour de la mère selon la recherche ou non de contact, le temps mis à retrouver son calme, sa réaction au tentatives de la mère.


Elle a ainsi défini 4 types d’attachement :

-Un type d’attachement secure (62%)

-Deux types d’attachement insecure (détaché – évitant 14%, anxieux – ambivalent 9%)

-Un type d’attachement problématique (à fort risque de développer une pathologie psychique à l’âge adulte : désorganisé – désorienté 15%)


Il est à noter que le nourrisson seul, ne PEUT PAS réguler ses émotions désagréables tout seul. Quand les parents et autres figures d’attachement répondent par une attitude de caregiving à l’enfant qui exprime un besoin d’attachement, ils envoient les messages suivants à l’enfant « Tu n’es pas seul », « Je comprends ce que tu ressens même si je ne le ressens pas à ce moment-là », « Je vais t’aider à trouver une solution ».


L’enfant peut ainsi retrouver le calme car son besoin d’attachement est comblé.


COMMENT RÉPONDRE AUX BESOINS D'ATTACHEMENT DE L'ENFANT EN TANT QUE PARENTS?


2 facteurs sont en jeu du côté de la figure d’attachement, dans sa capacité à donner du « caregiving » :

-Sensibilité maternelle (permet de capter les signes de détresse de l’enfant, apporte consolation soutien et partage émotionnel)

-Capacité d’expression maternelle (permet de répondre à la détresse de l’enfant, capacité d’exprimer l’amour maternelle, proposition de solutions…).


Ces 2 facteurs contribuent au sentiment de confiance chez l’enfant et à la construction progressive des modèles internes de représentation.


L’attachement insecure n’est cependant pas prédictif d’un trouble du comportement mais constitue un facteur de risque parmi d’autres. De plus, les facteurs de personnalité de la mère sont de bons prédicteurs du mode d’attachement des enfants. Mais on ne peut pas exclure le fait qu’une dimension dans la relation peut appartenir à l’enfant (enfants irritables, difficiles…).

QUE SE PASSE-T-IL LORSQUE LE MODÈLE SOCIÉTAL IMPACTE LES FIGURES D’ATTACHEMENT DE L'ENFANT?


Le stress contextuel (travail, finances…), la fatigue ou l’épuisement, les tensions dans le couple parental, les autres enfants à gérer ou le mode d’attachement insecure de l’un des parents peut interagir dans le « caregiving » apporté à l’enfant.


Malheureusement, les conditions actuelles de soutien aux familles dans nos sociétés occidentales sont de plus en plus pauvres (dispersion de la famille élargie, peu de soutien matériel, conditions de travail ne permettant pas le soutien nécessaire à une parentalité optimale)...


Nicole Guédeney milite en faveur d’un allongement du congé parental, comme cela se fait dans les pays nordiques, afin de laisser aux parents le choix de s’occuper de leurs enfants le plus longtemps possible. En Suisse, le congé parental pour la mère est de 14 semaines. Pour les pères, depuis 2021, le droit au congé paternité dépend du bon vouloir de l'employeur...


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